Ces ornithologues ont passé une semaine en Patagonie — ils ont ramené le seul hantavirus au monde capable de tuer sur un bateau de croisière

Comment un virus découvert pendant la Guerre de Corée refait surface en mai 2026

Mai 2026. Léo Schilperoord, 70 ans, biologiste diplômé de l'université de Groningue (Pays-Bas) et ornithologue passionné, embarque à bord du MV Hondius, un navire d'expédition de 83 mètres spécialisé dans les croisières polaires. Il a passé la semaine précédente dans les pampas argentines, les jumelles autour du cou, à traquer des espèces rares dans les hautes herbes de Patagonie — chaque observation soigneusement documentée sur eBird. Il se sent un peu fatigué. Une légère fièvre, peut-être. Pas grand-chose. Il n'imagine pas que dans trois semaines, l'OMS tiendra une conférence de presse mondiale en partie à cause de lui.

Mai 2026 — le bateau, trois morts, une alerte mondiale

Le MV Hondius est ce qu'on appelle dans le jargon touristique un navire d'expédition. Comprenez : pas de casino, pas de piscine à débordement, mais des conférences de glaciologues le soir et des débarquements en zodiac au petit matin dans des baies où aucune route ne mène. Le genre de croisière qui coûte plusieurs milliers d'euros et qui attire des retraités aisés passionnés de nature, de photographie et d'ornithologie.

Entre fin avril et début mai 2026, alors que le Hondius navigue dans l'Atlantique Sud, trois passagers meurent. Léo Schilperoord décède le premier. Le 24 avril, lors de l'escale à Sainte-Hélène, sa dépouille est débarquée — avec, à ses côtés, son épouse Mirjam Schilperoord-Huismann, 69 ans, qui ressent elle-même les premiers symptômes. Le lendemain, elle prend un vol pour Johannesburg. Son état se dégrade pendant le trajet. À l'aéroport, elle tente d'embarquer sur un vol KLM à destination des Pays-Bas — mais son état est jugé incompatible avec un nouveau voyage. Elle décède à l'hôpital le 26 avril. Son infection à l'hantavirus sera confirmée le 4 mai, après sa mort. Une troisième passagère, allemande, meurt à bord le 2 mai ; son corps restera quinze jours dans la morgue du navire, jusqu'à l'arrivée à Rotterdam. Cinq cas sont confirmés par le laboratoire, tous atteints par le virus Andes — une souche sud-américaine d'hantavirus, et la seule connue à se transmettre d'homme à homme. L'OMS se réunit en urgence. L'UKHSA (l'équivalent britannique de Santé Publique France) confirme plusieurs ressortissants britanniques touchés.

Je veux être sans équivoque. Ce n'est pas le SARS-CoV-2. Ce n'est pas le début d'une pandémie de covid. C'est une épidémie sur un bateau. Il y a une zone confinée.
— Maria Van Kerkhove, directrice intérimaire, département OMS des menaces épidémiques et pandémiques, 7 mai 2026

Le genre de déclaration qui rassure rarement.

Le navire accoste finalement à Tenerife le 10 mai. Près de 150 passagers et membres d'équipage débarquent sous escorte sanitaire. Les Espagnols sont envoyés une semaine dans un hôpital militaire. Les Américains, pris en charge à l'université du Nebraska à Omaha, se sont vu proposer — non pas imposer — le choix entre quarantaine sur place ou isolement de 42 jours à domicile. Sept autres ressortissants avaient quitté le navire à Sainte-Hélène le 24 avril, avant la mise en quarantaine officielle, et sont rentrés aux États-Unis par vols commerciaux sans aucune mesure d'isolement formelle. Les Britanniques : 72 heures d'hospitalisation, puis 45 jours d'isolement chez eux. Les Néerlandais, pragmatiques comme à leur habitude, ont opté d'emblée pour la quarantaine à domicile.

Équipes en combinaisons de protection inspectant le MV Hondius

Équipes en tenues de protection à bord du MV Hondius — l'inspection sanitaire d'un navire contaminé par un virus sans traitement

Un virologue de l'université de Californie à Los Angeles, Vaithi Arumugaswami, a résumé la situation avec une franchise inhabituellement scientifique : "C'est en quelque sorte une expérience en temps réel qui se déroule devant nous."

Pour comprendre pourquoi 150 personnes se retrouvent confinées 45 jours à cause d'un virus transmis par des rongeurs, il faut remonter de plusieurs décennies. Et traverser la Corée, le Nouveau-Mexique, et les pampas argentines.

Le MV Hondius, navire d'expédition polaire

Le MV Hondius, navire d'expédition polaire de 83 mètres, au cœur de l'épidémie d'hantavirus de mai 2026

L'hiver 1951 et la fièvre que personne ne comprenait

Hiver 1951. Les rives de la rivière Imjin, dans la péninsule coréenne. Des soldats des Nations Unies tombent malades par centaines. Pas des blessures par balles. Pas de dysenterie. Quelque chose d'autre.

La maladie commence comme une grippe banale : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires. Puis, brutalement, les reins lâchent. Des hémorragies apparaissent — sous la peau, dans les organes. Les chiffres sanguins s'effondrent. Certains patients entrent en état de choc. Entre 1950 et 1953, plus de 3 000 soldats des Nations Unies contracteront cette fièvre hémorragique mystérieuse, avec un taux de mortalité d'environ 5 à 10%.

Les médecins militaires sont perplexes. Ils appellent ça la "fièvre hémorragique coréenne", faute de mieux. Les enquêtes épidémiologiques révèlent que les soldats les plus touchés sont ceux qui campent dans des zones rurales, près des champs et des forêts. Mais le lien avec un agent infectieux précis reste introuvable.

Ce n'était pourtant pas nouveau.

Des chroniques chinoises et japonaises décrivaient une maladie identique depuis au moins le XIIe siècle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des soldats japonais stationnés en Mandchourie avaient contracté la même fièvre mystérieuse, rebaptisée "fièvre hémorragique de Mandchourie". Personne n'avait fait le lien. Les guerres ont une façon remarquable de distribuer l'amnésie médicale.

Les années passent. Les soldats rentrent chez eux. Le mystère demeure entier pendant un quart de siècle.

L'homme de la rivière Hantan

En 1976, un médecin coréen nommé Lee Ho-Wang attrape des mulots dans les champs autour de la rivière Hantan, dans la province de Gyeonggi. Il cherche depuis des années l'agent responsable de la fièvre hémorragique qui avait décimé les soldats de la guerre de Corée. Ses collègues le considèrent avec la bienveillance polie qu'on réserve généralement aux chercheurs obstinés sur des sujets ingrats.

Il isole finalement le virus dans un Apodemus agrarius — le mulot rayé, un petit rongeur brun absolument banal. Le virus se niche dans ses reins, ses poumons, ses glandes salivaires. L'animal ne tombe jamais malade. Pour lui, c'est un compagnon de vie. Pour l'homme qui respire la poussière de ses excréments séchés, c'est potentiellement fatal.

Lee Ho-Wang nomme sa découverte le virus Hantaan, d'après la rivière Hantan qui coule à proximité des sites de capture. C'est le premier hantavirus jamais isolé. Il vient de donner un nom à vingt-cinq ans de mystère médical.

Ce que ça signifiait rétrospectivement

Le soldat américain mort d'une fièvre hémorragique au bord de l'Imjin en janvier 1952 avait été tué par un mulot qu'il n'avait probablement jamais touché. Il avait peut-être simplement dormi dans un abri où l'animal avait uriné quelques jours plus tôt.

Après la publication de Lee Ho-Wang, les médecins réalisent que des hantavirus circulent sur tous les continents, portés par des dizaines d'espèces de rongeurs différentes. Chaque région du monde a son hantavirus local, son rongeur réservoir, sa forme clinique particulière. L'épidémie coréenne était une variante asiatique d'un problème universel que personne n'avait encore caractérisé.

Apodemus agrarius, mulot rayé

L'Apodemus agrarius, mulot rayé, premier réservoir d'hantavirus jamais identifié — capturé près de la rivière Hantan en 1976

Four Corners, 1993 — le virus sans nom

Mai 1993. La région dite des Four Corners, là où les États du Nouveau-Mexique, de l'Arizona, du Colorado et de l'Utah se rejoignent en un point unique sur la carte. Une terre aride, ocre et rouge, territoire traditionnel de la Nation Navajo.

Un jeune homme de 20 ans, coureur de fond en excellente condition physique, meurt en quelques jours d'une défaillance respiratoire foudroyante. Sa fiancée avait succombé à la même chose quelques jours plus tôt. Deux jeunes, sains, sportifs — morts d'une insuffisance respiratoire sans cause connue. Les médecins locaux signalent des cas similaires dans la région. Les Centers for Disease Control and Prevention américains (CDC) envoient leurs équipes.

Ce qui suit ressemble à un roman policier médical. Des centaines de scientifiques mobilisés. Des prélèvements sur des dizaines d'espèces animales. Un séquençage d'urgence. En quelques semaines, le coupable est identifié : un hantavirus jusque-là inconnu, porté par la souris sylvestre (Peromyscus maniculatus), un petit rongeur brun à ventre blanc que l'on trouve partout en Amérique du Nord — dans les greniers, les voitures abandonnées, les hangars agricoles, les camps de randonnée.

Le paradoxe immunologique qui tue les jeunes adultes

Contrairement à la grippe, qui tue les très jeunes et les très vieux, ce hantavirus s'attaque préférentiellement aux adultes jeunes et en bonne santé. La raison est contre-intuitive : c'est la vigueur de la réponse immunitaire elle-même qui détruit les poumons. Les cellules immunitaires affluent dans les alvéoles pulmonaires, provoquent une inflammation massive, et les poumons se noient dans leur propre liquide. Un système immunitaire plus fort réagit plus vite — et fait donc plus de dégâts. Le sportif de 20 ans en parfaite condition physique est, paradoxalement, plus vulnérable.

Ce mécanisme — l'emballement immunitaire comme cause de mort plutôt que le virus lui-même — est exactement celui qu'on a retrouvé dans les formes graves de COVID-19. C'est pour ça que la cortisone (dexaméthasone) fonctionne dans les pneumonies COVID sévères : elle freine la tempête inflammatoire. Ce n'est pas une logique qu'on applique à la grippe saisonnière, où les corticoïdes feraient flamber l'infection au lieu de la calmer.

Le taux de mortalité de ce syndrome pulmonaire à hantavirus (HCPS) grimpe jusqu'à 40 à 60%. Il n'existe aucun traitement spécifique. Aucun vaccin.

Restait une question : comment nommer ce nouveau virus ? Les premières dépêches évoquaient maladroitement une "maladie navajo", provoquant l'indignation légitime des représentants de la Nation Navajo. Le CDC opta pour une solution radicale : appeler le virus "Sin Nombre" — sans nom. Officiellement pour ne pas stigmatiser une région ou un groupe. En pratique, c'est le seul virus de l'histoire moderne à avoir été délibérément baptisé de l'absence de nom.

L'ironie de l'épidémie de 1993

Cette année-là, le Nouveau-Mexique connaissait une explosion de la population de souris sylvestres, conséquence d'une pluviométrie exceptionnelle qui avait multiplié les graines de piñon dont se nourrissent les rongeurs. Plus de nourriture, plus de souris, plus d'excréments, plus d'aérosols viraux dans les maisons et les abris. Le virus n'avait pas changé. La météo avait changé.

La biologie d'un tueur discret

Voici comment fonctionne un hantavirus, en version non édulcorée.

Vous n'avez pas besoin de toucher le rongeur. Vous n'avez pas besoin d'être mordu. Vous avez besoin de respirer. La souris urine dans un coin de votre garage, dans une vieille boîte en carton au fond d'un placard, dans la paille d'un abri de jardin. L'urine sèche. La poussière se soulève quand vous ouvrez la porte. Vous inhalez. Le virus est maintenant dans vos poumons.

Il cible préférentiellement les cellules endothéliales — celles qui tapissent l'intérieur des vaisseaux sanguins. Dans les poumons (pour les souches américaines) ou dans les reins (pour les souches asiatiques), il provoque une inflammation qui rend les vaisseaux poreux comme une éponge. Le plasma sanguin s'échappe dans les tissus. Les poumons ou les reins se gorgent de liquide. L'organe lâche.

200 000 infections humaines par an dans le monde
40–60% mortalité pour le syndrome pulmonaire américain
0 traitement spécifique approuvé dans le monde

Il existe une trentaine d'espèces d'hantavirus pathogènes pour l'homme, réparties selon la géographie :

Asie (virus Hantaan, Seoul) — fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR). 1 à 15% de mortalité. 90% des cas mondiaux viennent de Chine.
Europe (virus Puumala, Dobrava) — forme rénale atténuée, la néphropathie épidémique. 0,1 à 1% de mortalité. Souvent non diagnostiquée.
Amériques (virus Sin Nombre, Andes) — syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (SCPH). 40 à 60% de mortalité. Pas de traitement.

En Europe, on respire un peu : le virus Puumala, porté par le campagnol des champs, donne une forme rénale généralement bénigne. En France, quelques centaines de cas sont signalés chaque année, surtout dans le nord-est. Mais le médecin européen qui pense "hantavirus" devant une fièvre + thrombopénie + insuffisance rénale reste une espèce rare.

La souche qui brise toutes les règles

Ici réside ce qui rend l'épidémie du MV Hondius différente de tout ce qui a précédé.

Tous les hantavirus du monde obéissent à une règle fondamentale : pour contaminer un humain, il faut un rongeur intermédiaire. L'infection ne passe pas d'une personne à l'autre. C'est la raison pour laquelle les épidémies d'hantavirus restent localisées, même avec 200 000 cas par an : chaque malade a été infecté par un rongeur, pas par son voisin.

Il existe une exception. Une seule dans le monde entier.

Le virus Andes, présent en Argentine et au Chili, peut se transmettre d'homme à homme.

La démonstration la plus documentée figure dans une étude publiée dans le New England Journal of Medicine en 2020, signée par Martínez et ses collègues argentins. Ils ont reconstitué la chaîne de transmission d'un cluster de cas dans la province de Chubut, en Patagonie. Un seul patient — un "super-spreader" — avait infecté onze autres personnes sans qu'aucune d'entre elles n'ait eu le moindre contact avec un rongeur.

Comment se transmet le virus Andes entre humains ?

La transmission interhumaine requiert un contact étroit et prolongé, notamment pendant la phase prodromale précoce — quand la personne infectée présente encore de légers symptômes et ne se sait pas malade. Le risque est maximal pour les contacts rapprochés — personnes partageant la même chambre ou le même espace de vie qu'un patient. La transmission par voie respiratoire est probable mais son mécanisme exact reste mal compris. Ce qui explique que 150 passagers d'un même bateau — où les cabines sont petites, les couloirs étroits, les espaces communs partagés — aient été considérés comme contacts à haut risque.

Le virus Andes n'est pas transmissible comme une grippe. On ne l'attrape pas en croisant quelqu'un dans un couloir. Mais sur un navire d'expédition où les passagers dinent ensemble, où les sorties en zodiac se font à dix dans un espace de quelques mètres carrés, où les mêmes poignées de porte sont touchées en permanence — les conditions de transmission étroite et prolongée sont structurellement réunies.

Pourquoi le virus Andes est-il le seul hantavirus capable de cette prouesse ? La réponse honnête est que personne ne le sait vraiment. Des hypothèses existent sur la charge virale dans la salive et les sécrétions respiratoires, sur des mutations spécifiques de la glycoprotéine d'enveloppe qui faciliteraient la transmission. Mais le mécanisme précis n'a pas encore été élucidé.

Ce qui est certain : depuis l'identification du virus Andes dans les années 1990, chaque épidémie argentine ou chilienne produit des clusters familiaux inexplicables par la seule transmission rongeur-humain. On savait depuis trente ans que ça arrivait. On n'avait jamais vu ça sur un bateau.

45 jours d'isolement — et toujours aucun traitement

Revenons à notre ornithologue.

Son itinéraire pré-croisière : Argentine, Chili, Uruguay. Des sorties dans les zones humides et les prairies hautes de Patagonie, à la recherche de l'Asthenes pyrrholeuca ou de la Phytotoma rutila. Des endroits précisément décrits par le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, comme des "sites où l'espèce de rat connue pour porter le virus Andes est présente." L'Oligoryzomys longicaudatus : un rat des rizières à longue queue, brun, discret, pas plus grand qu'une main.

Il n'a pas eu besoin de le toucher. Il a peut-être simplement marché dans l'herbe haute, troublé la litière sèche, et respiré dans le mauvais endroit au mauvais moment. C'est tout.

Une fois à bord, dans un espace confiné partagé avec une centaine d'autres passagers, la suite a suivi sa logique propre.

Ce qu'on voit (rarement) en médecine européenne

En Europe, on ne pense quasiment jamais aux hantavirus dans un premier temps. La forme européenne — la néphropathie épidémique due au virus Puumala — est tellement moins grave que la forme américaine qu'elle passe souvent pour une "grippe avec insuffisance rénale transitoire." Le diagnostic n'est posé qu'a posteriori, si tant est qu'il soit posé. Mais depuis les crises COVID, la médecine de voyage a changé de regard. Un voyageur qui rentre d'Argentine ou du Chili avec une fièvre et une thrombopénie, ça mérite qu'on y pense. La sérologie hantavirus n'est en général pas dans les réflexes habituels — sauf peut-être maintenant que 150 personnes viennent de passer six semaines en quarantaine à cause d'une sortie ornithologique en Patagonie.

Arrivée en quarantaine à l'hôpital Bichat, Paris

Arrivée de patients sous escorte sanitaire — la logistique d'une quarantaine de 45 jours pour un virus sans traitement

Pour les passagers du Hondius, la situation est simple dans son économie brutale : il n'existe aucun antiviral approuvé contre les hantavirus. La ribavirine a montré une certaine efficacité dans les formes rénales asiatiques si elle est administrée très tôt, mais son bénéfice dans les formes pulmonaires américaines reste discuté. On traite les symptômes. On surveille. On attend.

D'où les 42 jours de quarantaine recommandés par l'OMS — basés sur la durée d'incubation du virus Andes, qui peut atteindre 40 jours. Vous avez été exposé, vous ne savez pas si vous êtes infecté, et si vous l'êtes, vous ne le saurez peut-être que dans six semaines. Pendant ce temps-là, vous êtes potentiellement contagieux.

Le mot vient de là.

Le terme "quarantaine" vient de l'italien quarantina giorni — quarante jours. C'était la durée d'isolement imposée aux navires arrivant à Venise pendant la Peste Noire au XIVe siècle, avant que l'équipage puisse débarquer. La logique était exactement la même : attendre que la maladie se déclare ou non. Six siècles plus tard, l'OMS recommande 42 jours pour le virus Andes. La médecine a changé. Le principe, non.

Les approches nationales ont divergé, révélant en creux ce que les différents systèmes de santé considèrent comme "raisonnable". Les Espagnols ont opté pour l'hospitalisation militaire obligatoire. Les Américains ont explicitement refusé ce modèle : "Ce n'est pas le covid-19, nous ne voulons pas créer une panique publique", a déclaré Jay Bhattacharya, directeur par intérim du CDC — la quarantaine restait volontaire. Les Britanniques ont composé. Rhys Parry, virologue à l'université du Queensland, a résumé la situation : "Les symptômes pouvant apparaître plusieurs semaines après l'exposition, l'objectif est de surveiller les gens assez longtemps pour attraper les infections encore en incubation."

Expérience en temps réel, disait Arumugaswami. C'est une façon élégante de dire qu'on improvise — de manière rigoureuse, certes, mais qu'on improvise quand même.

Ce que le MV Hondius révèle sur notre préparation

Le virus Andes circule en Patagonie depuis des décennies. Sa capacité de transmission interhumaine est documentée depuis 2020 dans le New England Journal of Medicine. L'Argentine connaît une recrudescence de cas. Et pourtant : pas de vaccin, pas de traitement, pas de protocole international harmonisé pour les cas importés. L'épidémie du Hondius n'est pas une surprise scientifique. C'est une surprise opérationnelle.

Ce qu'on sait, ce qu'on ne sait pas

En mai 2026, trois passagers du MV Hondius sont morts d'un virus qui existe depuis au moins le XIIe siècle, qui a tué des soldats pendant la Guerre de Corée, qui a décimé de jeunes Navajos en 1993, et qui circule activement en Amérique du Sud sans avoir jamais vraiment intéressé l'industrie pharmaceutique. Parce qu'il frappe surtout dans des régions rurales pauvres. Parce que les épidémies restent localisées. Parce qu'un marché de 200 000 cas par an, dispersés sur tous les continents, n'a jamais semblé suffisamment lucratif pour justifier l'investissement d'un essai clinique de phase III.

On sait désormais que le virus Andes peut voyager en classe affaires à bord d'un navire d'expédition antarctique. On sait qu'il peut passer d'un passager à l'autre dans un couloir de 83 mètres entre l'Atlantique Sud et les Canaries. On sait que l'incubation peut durer six semaines et que les pays n'ont toujours pas de protocole commun pour y répondre.

Ce qu'on ne sait pas encore : le mécanisme exact de la transmission interhumaine du virus Andes. Pourquoi cette souche et pas les autres. Ni combien de voyageurs retournés chez eux avant de développer des symptômes pourraient créer de nouvelles chaînes de transmission dans les prochaines semaines.

Quelque part dans la liste des espèces ornithologiques observées par les premiers passagers infectés — consciencieusement notées dans un carnet de terrain avec date, heure et coordonnées GPS — figure le souvenir d'une herbe haute en Patagonie, d'un air sec et venteux, et d'un petit rat brun à longue queue que personne n'a photographié.

Quelque part dans les Canaries, 150 passagers attendent de savoir s'ils ont respiré au mauvais endroit. Ils ont 45 jours pour le découvrir.
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